Quelle surface ?
Les rendements d’une oseraie destinée à la vannerie varient fortement selon les variétés, le mode de conduite, la mécanisation et surtout le niveau de tri et de transformation de l’osier. En production courante, les références françaises indiquent des rendements de l’ordre de 8 à 10 tonnes d’osier vert par hectare, soit environ 80 à 100 kg par are et par an. Dans de bonnes conditions, on peut atteindre 12 tonnes d’osier vert par hectare, ce qui correspond à environ 120 kg par are. Toutefois, ces chiffres correspondent à l’osier brut en sortie de champ.
Après séchage, l’osier perd environ la moitié de son poids. Un rendement de 8 tonnes d’osier vert par hectare ne représente plus qu’environ 4 tonnes d’osier sec. À cela s’ajoutent les pertes liées au tri, qui peuvent aller de 10 à 50 % selon l’exigence de qualité et la destination des brins. Les références technico-économiques françaises indiquent ainsi qu’après tri on obtient en moyenne environ 7 tonnes d’osier vert par hectare, 3,5 tonnes d’osier brut sec par hectare et seulement 2 tonnes d’osier blanc décortiqué par hectare, soit respectivement environ 70 kg, 35 kg et 20 kg par are.
Pour un vannier professionnel qui souhaite produire lui-même tout son osier, les surfaces nécessaires sont relativement modestes. Une règle couramment citée est qu’une surface d’environ 20 ares d’oseraie bien conduite, avec un rendement proche de 10 tonnes par hectare, suffit à alimenter un vannier polyvalent capable de travailler toutes les tailles de brins. Pour un vannier très productif travaillant à plein temps, la consommation annuelle peut atteindre environ 4 tonnes d’osier sec, ce qui correspond à une surface d’environ un demi-hectare, soit 50 ares. On peut donc retenir qu’une surface comprise entre 20 et 50 ares permet généralement d’assurer l’autonomie complète d’un atelier de vannerie professionnelle.
La situation est très différente pour un osiériculteur qui souhaite vendre toute sa production et en tirer un salaire. Le niveau de transformation influence beaucoup la marge : la vente d’osier non trié « bout de champ » présente une marge bien plus faible que la vente d’osier trié et sec. Une activité d’osiériculteur visant un revenu principal nécessite plusieurs hectares et une forte valorisation par le tri, le décorticage et parfois une diversification (vente directe, stages, accueil, double activité).
Conditions de sol
Le sol idéal pour la culture de l’osier est un sol profond, fertile et bien pourvu en eau, tout en restant correctement drainé. Les meilleurs résultats sont obtenus sur des sols limono-argileux ou alluviaux, riches en matière organique et en éléments minéraux, avec une bonne capacité de rétention hydrique. Ces sols permettent une croissance régulière des pousses, condition indispensable pour obtenir des brins droits, homogènes et peu ramifiés. Les sols trop sableux ou trop caillouteux sont défavorables car ils sèchent rapidement et limitent la vigueur des plants, ce qui entraîne des brins courts et irréguliers. À l’inverse, les sols trop hydromorphes ou mal drainés favorisent l’asphyxie racinaire, les maladies cryptogamiques et une baisse de longévité de l’oseraie.
Le pH du sol joue également un rôle important. L’osier se développe de manière optimale dans des sols légèrement acides à neutres (pH compris entre 6 et 7,5). Des sols trop calcaires peuvent provoquer des carences (notamment en fer) et altérer la qualité des pousses, tandis que des sols trop acides limitent l’absorption des nutriments.
L’eau constitue un facteur déterminant. L’osier est une plante hygrophile qui exige une alimentation hydrique régulière pendant toute la période de croissance. Une nappe phréatique peu profonde, des sols de vallée ou des terrains proches de cours d’eau sont particulièrement favorables. En revanche, les périodes de sécheresse estivale entraînent un ralentissement de croissance, une diminution du diamètre des brins et une augmentation des défauts de rectitude, ce qui réduit fortement la valeur commerciale de l’osier.
Le climat
Le climat conditionne à la fois le rendement et la qualité. L’osier apprécie les climats tempérés humides, avec des précipitations bien réparties au printemps et en été. Les régions à hivers modérés et étés non excessivement secs sont les plus adaptées. Les gelées tardives de printemps constituent un risque majeur : lorsqu’elles surviennent après le débourrement, elles peuvent détruire les jeunes pousses, provoquer des repousses multiples et entraîner des brins fourchus ou déformés, impropres à la vannerie fine. Des épisodes répétés de gel tardif réduisent aussi le rendement annuel et fatiguent durablement les souches.
Les températures estivales élevées associées à un déficit hydrique favorisent le stress hydrique et la formation de brins courts, cassants ou de diamètre irrégulier. À l’inverse, une saison de croissance longue, avec des températures modérées et une bonne disponibilité en eau, permet d’obtenir des pousses longues, souples et régulières, particulièrement recherchées pour les travaux de vannerie de qualité.
Enfin, l’exposition du site influence également la production. Les parcelles bien ensoleillées, mais protégées des vents dominants, donnent des résultats supérieurs. Les vents forts accentuent la déshydratation, provoquent des frottements entre brins et peuvent entraîner des blessures ou des courbures indésirables.
Dans les régions tempérées d’Europe occidentale, l’orientation recommandée est généralement un axe Nord–Sud. Cette disposition permet une répartition plus homogène de l’ensoleillement sur l’ensemble des rangs au cours de la journée.
Préparation du terrain
La réussite d’une oseraie dépend en grande partie de la qualité de la préparation du terrain avant plantation. Cette étape conditionne l’enracinement, la vigueur des souches, la longévité de la plantation et la qualité des brins produits pendant de nombreuses années.
Le premier objectif est d’obtenir un sol profond, meuble et bien structuré afin de permettre un développement racinaire rapide et homogène. Un retournement du sol est généralement recommandé sur une profondeur de 25 à 35 centimètres, correspondant à une profondeur de labour classique.
Avant toute plantation, une analyse de sol est fortement conseillée. Elle permet d’adapter précisément la fertilisation de fond.
La préparation du terrain comprend également une lutte rigoureuse contre les adventices. L’osier est très sensible à la concurrence les premières années. Un désherbage préalable est donc indispensable.
Après le labour et les apports de fond, le sol est généralement affiné par un ou plusieurs passages de déchaumeur, de herse ou de rotavator, afin d’obtenir une surface nivelée, émiettée et régulière.

Une bonne préparation superficielle assure un contact intime sol–bouture, indispensable à une reprise rapide et homogène.
Le paillage
Le recours au paillage constitue une technique particulièrement efficace pour assurer une bonne reprise des boutures, limiter la concurrence des adventices et favoriser une croissance régulière des jeunes plants lors de l’installation d’une oseraie. Le choix du matériau, sa mise en place et son entretien conditionnent directement la vigueur des souches, la qualité des brins et la longévité de la plantation.
Boutures et plantation
Les boutures doivent être prélevées sur des brins sains et vigoureux. Le diamètre minimal recommandé est de 8 à 12 millimètres à la base afin d’assurer de bonnes réserves et un enracinement rapide. La longueur des boutures est généralement comprise entre 20 et 30 centimètres.
Il est essentiel de respecter le sens de plantation : la base de la bouture doit être orientée vers le bas et l’extrémité vers le haut. Le sens des bourgeons permet de ne pas se tromper. Pour éviter toute erreur, on coupe souvent la base droite et le sommet en biseau pour favoriser l’écoulement de l’eau. Certains préconisent l’inverse : le biseau facilitant la plantation.
Les boutures sont enfoncées dans un sol humide et meuble sur une profondeur de 15 à 20 centimètres, en laissant dépasser seulement 2 à 5 centimètres au-dessus du sol. Dans les terrains secs ou exposés, un enfoncement jusqu’à 25 centimètres améliore la stabilité et l’accès à l’eau. Le sol est ensuite légèrement recompacté afin d’assurer un bon contact sol–bouture.
La plantation se réalise en fin d’hiver ou au début du printemps, hors période de gel.