Créer avec les végétaux qui nous entourent

La vannerie sauvage repose sur l’utilisation de végétaux récoltés directement dans la nature, sans culture préalable ni transformation industrielle. À la différence de la vannerie dite classique, qui fait appel à l’osier cultivé, ces jeunes tiges de saule soigneusement taillées dans des osiéricultures (renvoi vers l’onglet osiériculture), la vannerie sauvage s’appuie sur des plantes locales spontanées. Ronce, clématite, lierre, carex, jonc, iris, saule sauvage, noisetier, genêt, troène ou encore les écorces de bouleau, de châtaignier ou d’érable : chaque essence possède ses propres qualités de souplesse, de solidité, de couleur et ses périodes de récolte idéales.

Cette approche se distingue par son caractère intuitif, expérimental et adaptable. Elle ne vise pas la perfection ou la régularité du matériau, mais encourage à composer avec ce que l’on trouve, à observer et tester. Le cueilleur devient artisan, mais aussi naturaliste et promeneur attentif. Il apprend à identifier les plantes, à reconnaître celles qui se travaillent fraîches, celles qui doivent être séchées ou trempées, et celles dont seule l’écorce peut être utilisée, toujours en veillant à respecter le vivant : ne pas blesser l’arbre, respecter les cycles végétatifs, éviter les réserves naturelles et ne pas surexploiter les ressources.

À travers la vannerie sauvage, on redécouvre une manière de faire simple, concrète et accessible, qui ne nécessite ni outils complexes, ni matériaux achetés. Un couteau, parfois une vrille et un sécateur suffisent pour débuter.

C’est une pratique qui invite à ralentir, à s’immerger dans les paysages, à renouer avec des gestes essentiels. Elle offre aussi une immense liberté : fabriquer un panier, un abat-jour, une coiffe ou un contenant à partir de ce qu’on trouve au bord d’un chemin ou au fond d’un jardin devient un acte à la fois utile, créatif et profondément ancré dans le vivant.

Plus qu’un savoir-faire, la vannerie sauvage est une démarche : sobre, écologique, autonome. Elle valorise la diversité végétale et invite à composer avec elle, plutôt qu’à la modeler selon nos standards. À petite échelle, elle offre une réponse simple à des envies de créer autrement, avec ce que la nature nous prête et non ce que l’industrie nous vend.

Les saisons de la vannerie sauvage : quand récolter ?

Arceaux en clématite

Vignes, lianes (clématites, ronce, chèvrefeuille, vigne vierge,...)

Meilleure période : fin de l’automne après les premières gelées, lorsque la sève est descendue, les feuilles sont tombées et les tiges sont plus accessibles. Il faut éviter de récolter en hiver car les grands froids fragilisent la fibre.

Alternative possible : printemps/été si vous souhaitez peler l’écorce ou récolter à d’autres fins

Cas particulier du houblon : pour faciliter la récolte du houblon sauvage, il est recommandé d’attendre qu’il ait subi au moins une gelée. Le froid agit sur la plante en atténuant le caractère abrasif de ses tiges et de ses inflorescences, qui sont naturellement couvertes de petites aspérités rugueuses ou crochues. Après une gelée, ces structures deviennent plus souples ou moins irritantes, rendant la cueillette plus agréable et moins agressive pour la peau.

Livre conseillé : Éloge des lianes – Un monde méconnu
Auteures : Annik Schnitzler, Claire Arnold

Photo ci-contre : panier avec arceaux en clématite

Lierre et pervenche

Récolte possible toute l’année, bien que septembre à novembre soit à éviter, période pendant laquelle la plante nourrit la faune via ses fleurs et son pollen.

Le nom latin de la pervenche est Vinca. Ce nom vient du latin « vincire », qui signifie lier, attacher, enchaîner.

Photo ci-contre : pervenche

Ecorces (tilleul, saule, robinier, érable, frêne, bouleau, épicéa etc.)

Récolte recommandée entre fin du printemps et début d’été car la montée de sève facilite le prélèvement de l’écorce. 

Les prélèvements se font généralement sur les rejets (jeune pousse qui se développe à partir de la base d’un arbre ou d’un arbuste, souvent directement sur la souche, le collet ou les racines), qui repoussent régulièrement d’un pied sain. Plus un rejet est ancien (par exemple autour de 3 ans), plus il offre une surface d’écorce utilisable. Cela dit, les jeunes rejets d’un an peuvent aussi convenir, bien que plus étroits. Cette stratégie permet de maintenir l’arbre-mère, au pied duquel poussent les rejets, en bon état tout en récoltant durablement.

Jonc, iris, hémérocalle, massette, graminées (paille de seigle, d’épeautre et de molinie)

Il est recommandé de prélever les feuillages utilisés en vannerie au moment de leur croissance maximale, lorsque les feuilles sont encore bien vertes, souples et longues, généralement juste après la floraison. À ce stade, la plante a atteint sa maturité physiologique optimale : ses fibres sont résistantes, non desséchées, et conservent une bonne souplesse. Récolter trop tardivement expose à des feuilles plus sèches, cassantes et parfois décolorées, ce qui nuit à leur tenue et à leur qualité visuelle en tressage.

La cueillette doit idéalement se faire à la main, pour obtenir des fibres aussi longues que possible et éviter de casser les feuilles, ce qui réduirait leur potentiel de tressage.

Cas particuliers selon les espèces :

  • Molinie (Molinia caerulea)
    Cette graminée vivace possède un nœud à la base de la plante, ce qui lui confère une bonne souplesse de base. On récolte à la fois les feuilles et les tiges, en veillant à les prélever délicatement à la main pour préserver leur longueur.
  • Seigle et épeautre
    Ces céréales présentent des nœuds répartis le long de la tige, ce qui donne une structure rigide mais exploitable en vannerie (notamment en spirale cousue). La récolte se fait juste avant la moisson, lorsque la paille est encore souple mais bien jaunie. L’objectif est d’obtenir une paille longue, droite et régulière, sans pli ni cassure.

Photo ci-contre : feuilles de massettes tressées

Pétiole de pétasite en train de sécher

Pétiole (avec la pétasite)

La récolte est idéale à sa phase maximale de croissance, lorsque les feuilles sont bien formées, souples et vertes, souvent juste après la floraison. À ce moment, les tiges offrent une bonne longueur et une flexibilité optimale, ce qui est important pour une vannerie de qualité.

Photo ci-contre : pétioles de pétasite en train de sécher

Racines de chiendent et d'épicéa

Le chiendent produit de longs rhizomes souterrains pouvant être utilisés comme fibres naturelles. Leur récolte peut se faire presque toute l’année. Les périodes les plus favorables sont le printemps et l’automne, lorsque le sol est meuble et que la plante n’est ni en pleine croissance aérienne ni en « repos ». Les rhizomes sont prélevés délicatement à la main ou au sécateur.

Les fibres sont généralement utilisées fraîches car elles conservent alors leur souplesse naturelle. Une fois séchées, elles deviennent cassantes et nécessitent un trempage prolongé avant usage.

Les racines superficielles d’épicéa constituent un matériau traditionnel en vannerie sauvage grâce à leur solidité et leur grande souplesse une fois préparées. La récolte s’effectue de préférence au printemps ou en été, lorsque le sol n’est ni gelé ni trop compact. On dégage soigneusement quelques racines fines autour de l’arbre, en veillant à ne pas endommager la structure principale du système racinaire.

Après extraction, la racine est nettoyée et son écorce retirée tant qu’elle est encore fraîche. Elle peut être utilisée immédiatement ou séchée puis réhumidifiée avant tressage. Bien prélevées, les racines d’épicéa offrent un matériau durable, résistant et parfaitement adapté au liage, à la couture végétale ou au tressage de structures fines.

Photo ci-contre : racines de chiendent

 

Jeunes rameaux (cornouiller, ligustrum, églantier)

Certaines essences arbustives, très présentes dans les haies ou friches, fournissent de jeunes rameaux aux propriétés intéressantes pour la vannerie. Leur souplesse, leur résistance et leur disponibilité en font des matériaux polyvalents, selon leur diamètre.

Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea)

  • Jeunes rameaux fins : parfaits pour le tressage souple, notamment pour habiller une ossature rigide (par exemple en noisetier ou saule).
  • Rameaux de calibre moyen : adaptés à la fabrication de poignées, anses ou d’arceaux.
  • Rameaux plus épais : une fois bien secs et écorcés, ils peuvent être utilisés comme manches d’outils artisanaux ou renforts de structures

Troène commun (Ligustrum vulgare)

  • Rameaux fins à moyens très souples, faciles à tresser, souvent utilisés pour des ouvrages légers ou décoratifs.

Églantier ou rosier sauvage (Rosa canina)

  • Rameaux jeunes, une fois les épines retirées, peuvent servir à des liens, des coutures ou même à la fabrication de petites structures.
  • Moins souple que le cornouiller.

Photo ci-contre : cœur en cornouiller